val67 a écrit : ↑16 juil. 2021, 16:28Et qu’est-ce qu'on nous rabâche depuis le début ?
que les effets du C19 sont plus dangereux pour le système de santé, que pour les individus eux-mêmes.
La vaccination n'a donc pas vocation à sauver les gens, mais à épargner le système de soins.
La conséquence est qu'une alternative évidente à la vaccination existe: avoir un système de santé qui soit correctement dimensionné à la réalité des besoins.
Je vais prendre un exemple, que certains trouveront caricatural, mais qui est totalement vrai:
t'es le citoyen lambda, et un samedi après midi, tu rates le dernier barreau de ton escabeau, et tu t'étales bêtement au sol en hurlant à la mort (je parle pour moi, je suis douillet). Les premières gouttes de sueur essuyées, une vive douleur est ressentie dans l'épaule: ah oui, visiblement il y a un truc qui ne va pas, elle est pas au même niveau que l'autre.
Bon, ben pas le choix, on laisse tout en plan, et direction les urgences.
Déjà faut pouvoir y accéder, parce qu'on ne laisse pas entrer les gens comme ça; en plus en ce moment avec le Covid, pas question d'avoir un accompagnant, sauf pour la pédiatrie.
Bref, tu te retrouves tout seul à l'entrée, et tu te diriges vers le bureau d'accueil:
"Bonjour. C'est pour quoi ?"
"Bonjour. J'm suis cassé la figure tout à l'heure et j'ai très mal à l'épaule gauche"
"Sur une échelle de 1 à 10, pouvez-vous me dire où se situe votre niveau de douleur?"
"Entre 12 et 13" (j'vous l'ai dit suis douillet)
"Vous avez votre carte Vitale, et de mutuelle"
"Voici"
"et vot' carte de mutuelle"
"ah ben j'en ai pas"
"vous avez pas la carte ou pas de mutuelle"
"pas de mutuelle"
"ah, bon, dans ce cas, vous allez voir ma collègue au bureau d'à côté [je précise que ledit bureau de la collègue est mitoyen de celui de la personne de l'accueil], c'est elle qui s'occupera des papiers"
re bonjour à la collègue d'à côté, et bis repetita alors que ladite collègue avait déjà tout entendu de ce que tu venais de raconter.
"bon, voilà vos papiers"
"merci, et je fais quoi maintenant?"
"vous attendez ici, dans le hall il y a des chaises par là. On vous appellera"
une heure se passe, puis deux, et bientôt trois. Une longue attente, pendant laquelle personne ne vient te voir, et où tu risques plus de t'enrhumer avec les courants d'airs que font toutes ces blouses blanches, roses ou bleues qui passent devant toi en t'ignorant complètement.
Finalement, au bout d'un certain temps que t'as fini par ne plus compter, tu entends une voix héler ton nom depuis l'autre extrémité du hall.
Comme t'as que l'épaule en compote tu peux encore te lever et te précipiter du mieux que tu peux vers qui vient de t'appeler.
"Bonjour. Suivez moi"
"Bonjour. Vous êtes le médecin?"
"euh, non, je vais vous installer dans une pièce"
en fait de pièce c'est une espèce de réduit de la taille d'un placard à balais, dans laquelle il y a quand même un lit brancard sur lequel la charmante voix t'a demandé de t'installer.
"Bon, alors qu'est ce qui vous est arrivé?"
là tu racontes pour la troisième fois ta petite histoire, en te disant que ça y est ça sent bon, tu es pris en charge.
Ah ben non.
C'était une aide soignante, qui se contente de prendre ta tension et ta température, et qui se barre vite fait, en te disant de patienter, en attendant la visite de l'interne.
Un nouveau "certain temps" s'écoule à nouveau. Par miracle la porte s'ouvre, et tu te dis que c'est bon...ben non, c'est un type qui vient juste prendre du matos qui était dans un placard.
Bon en attendant, depuis le temps que t'es là, t'as comme une envie naturelle qui commence à te démanger.
Animé de ton esprit aventurier, tu ouvres la portes et tu pars à la recherche d'un lieu d'aisance.
"excusez moi, vous allez où?"
"je cherche les commodités"
"non, restez dans votre pièce on va venir vous voir"
"ben non madame, ça va pas être possible"
une fois tes sphincters relâchés, toute ta chaine musculaire est plus détendue, et tu regagnes, l'esprit léger, le placard où on t'avait rangé.
Tiens une nouvelle visite: l'interne promis sans doute. Perdu. Cette fois c'est une infirmière, qui fait un filtrage du traumatisme.
"bon, dites moi, que vous est-il arrivé?".
Quand tu fais de la peinture, c'est deux couches. Ben aux urgences, t'arrives vite à quatre, avec le sentiment que ça va pas s’arrêter là.
Au passage tu notes qu'il y a quand même une marge de progression considérable dans le système rien que pour la transmission des informations du patient. Fort heureusement, tu t'es contenté de juste raconter les circonstances de ta gamelle sans faire une anamnèse détaillée.
"je pense que vous allez devoir passer une radio"
"ah ben je peux y aller tout de suite, si vous me dites où ça se trouve"
"c'est pas possible. il faut que l'interne vous voit avant, et de toute manière vous devez être accompagné"
Finalement t'as laissé la porte ouverte, et tu contemples le va et vient incessant de blouses de toutes les couleurs. Mais aucune ne franchit le seuil de ta porte depuis le départ de l'infirmière.
Là tu te dis, que tu pourrais feindre un malaise pour provoquer une réaction, faire un croche-patte à une personne au hasard espérant que ce soit justement un interne que tu prendrais enotage mais avec un seul bras vaillant c'est trop compliqué. Puis tu vas jusqu'à imaginer repartir comme t'es venu, en allant mettre un cierge à l'église la plus proche convaincu qu'il y a plus de chance qu'un miracle se produise simplement en contemplant la Vierge, que de voir un soignant venir te secourir.
après quelques incantations intérieures, gardant sur ton faciès l'expression te ton impatiente mauvaise humeur, un interne vient enfin te voir.
"Bonjour. Alors dites moi qu'est-ce qui vous est arrivé?"
"Bonjour. Je l'ai expliqué quatre fois déjà, je pense donc que vous avez les informations"
"Oui, mais on gagnera du temps si vous me les redonnez"
"bon, ben j'vous la fait courte: échelle, barreau, boum, aïe, épaule"
"Ah oui, je vois. Je vais vous envoyer en radio"
...ayé, c'est parti t'es bientôt guéri que tu te dis...
que nenni.
faut attendre que l'interne fasse le "bon" pour la radio
ensuite il faut commander un brancardier, puis attendre que ce dernier vienne te chercher...quand il aura trouver un fauteuil roulant (ah ben oui c'est comme ça)
Bon t'arrives en radiologie
"Bonjour. Qu'est qui vous est arrivé?"
"Bonjour. Boum; aïe"
cliclac kodak de face et de profil, et retour au placard avec le brancardier.
Et là il se passe quoi? Ben t'attends à nouveau, que l'interne revienne établir un diagnostic à la lumière des radios.
Depuis le temps que tu attends, tu ne sais plus l'heure qu'il est, la batterie de ton portable étant vide.
Tiens la porte s'ouvre. Encore une nouvelle tête. Ah c'est un interne, mais un autre....ben oui il y a eu la relève entre temps.
"Bonjour. qu'est-ce qui vous est arrivé?"
"Bonjour. j'vais pas répondre à votre question, puisque tout est dans le dossier, enfin normalement. Par contre je souhaite que vous répondiez à la mienne: quand vais-je être pris en charge sérieusement?"
"Oh, mais faut pas le prendre comme ça, vous êtes pas tout seul ici. Bon, j'ai vu vos radios, il n'y a rien de grave. On va vous mettre un Dujarrier, et je vous fais une ordonnance pour votre médecin"
Rassuré de savoir qu'il n'y a rien de grave, et avec toujours la même douleur à l'épaule, tu quittes la cour des non miracles.
Tu vois ton toubib dès le lendemain, et le pronostic tombe: t'en as pour au moins quatre semaines, avec ensuite du kiné pour un bon moment.
Vingt séances de kiné plus tard si ton épaule est moins douloureuse, tu n'as pas totalement récupéré toute l'amplitude articulaire qui était la tienne avant la chute. Tu sens que ça va être long, mais long...et que tu vas être emmerdé souvent avec cette épaule. Les labos vont être contents, va falloir que tu achètes des anti-douleurs, des pommades, et le kiné a sa retraite d'assurée parce que t'en as pas fini!
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Maintenant t'es coureur au Tour de France.
Tu te gamelles sèchement: boum, aïe, épaule.
Le toubib est là avant même que t'aies lâché une larme
"OK, c'est bon, j'ai vu ce que c'est. Tournez la tête par là. Attention..."
clic clac et pas kodak cette fois.
"Allez, c'est bon, votre épaule est remise".
Et là tu remontes sur le biclou et tu finis l'étape de 180km à 40 de moyenne.
Conclusion 1: si on prévoit de se casser la figure il vaut mieux que l'escabeau soit placé sur une étape du TDF.
Conclusion 2: on a le meilleur système santé, que le monde entier nous envie (à tel point que personne ne l'a copié!)...mais il n'est pas uniformément réparti sur le territoire, à tel point que c'est même très circonscrit et limité. Comment ça une médecine à deux vitesses?