Queues d’aronde sur champ
Avertissement : Ce qui va suivre est issu d’une méthode empirique!
Comme nous l’avons vu plus haut, les rayons de l’étagère avaient été corroyés et recalés
Finition à l’aide d’un bel outil à semelle métallique et lumière ultra fine, un peu délicat à régler
Nous pouvons donc pousser les queues sur champ.
Le fameux rabot à queues
Il y a une dizaine d’années, sur l’étal d’un vide-greniers au Danemark, je suis tombé sur un outil qui m’était inconnu.
Vu son anatomie, j’ai imaginé sa fonction et me suis lancé dans son utilisation sans plus d’informations, à l’époque cet outil était invisible sur le web.
Par conséquent, cette méthode, élaborée au fil des ans, ne correspond évidemment pas à la méthode traditionnelle hexagonale de nos illustres prédécesseurs.
Je n’ai à ce jour, croisé ce rabot qu’en Scandinavie et en Allemagne.
Ma conviction a toujours été que cet outil n’existait pas en France.
Wolfgang Jordan m’a cependant confirmé qu’il apparaissait dans un catalogue Lachappelle, ce qui a du sens vu que cette maison a été Alsacienne à l’origine.
Au vu de l’histoire mouvementée de cette région, il semble donc confirmé, que cet outil n’existait pas vraiment dans notre pays.
Ce rabot est en tous point identique à un
feuilleret, hormis sa semelle qui présente une inclinaison.
Je possède des outils à semelles de deux angles différents, 74 et 78 degrés.
Tous les exemplaires que j’ai eu en main, sont équipés d’un
conduit mobile et d’un grain d’orge. Bien entendu, le conduit peut être de bois, d’acier ou de laiton.
Le rabot à queue sous toutes les coutures
L’outil s’appelle
Grathobel dans la langue de Goethe. Les deux principales manufactures germaines, Ulmia et ECE, produisent toujours ce rabot, disponible chez les deux revendeurs allemands habituels.
Le lecteur aura maintenant compris que dans ma méthode, le gabarit de sciage, ainsi que l’angle de la fausse équerre, ont été directement calqués sur la semelle de cet excellent outil!
Tout s'aligne
Pour régler le conduit de l’outil, nous procédons comme pour un feuilleret, par petites touches. Il convient de reporter la mesure du trusquin qui a réglé la profondeur des entailles.
Le conduit lui-même, est réglé en tapotant avec le tournevis qui l’a desserré.
Je le fais à l’avant et à l’arrière pour avoir un guide bien parallèle au fût.
Le conduit de laiton porte de nombreuses marques anciennes à ces deux endroits précis
Le rabot bien réglé, voit un alignement parfait du trait de trusquin, du grain d’orge et du bord du fer principal
Ensuite intervient une étape clef dans ma méthode : j’ai pour habitude de noircir l’arête sur laquelle je travaille, pour contrôler ma progression.
Effectivement le rabot à queue n’a pas de
repos, et il serait de toute façon très difficile d’anticiper le réglage d’icelui.
Ce n’est pas juste pour la démonstration, je noircis réellement chacune des arêtes!
Et c’est accompagné des finlandais de
Nightwish que je me lance dans cet assemblage!
On pousse la moulure en un mouvement
Bien entendu, on prendra garde à bien maintenir l’outil d’aplomb, sinon l’angle final ne correspondra pas à celui de l’entaille.
Au départ, je posais toujours une petite équerre à chapeau près de l’outil comme référence visuelle.
Je me disais que jadis, l’homme de l’art, fort de ses nombreuses années d’expérience, devait véritablement avoir un compas dans l’œil!
Puis un jour sur un vide-greniers danois, alors que j’interroge un vendeur (d’un âge très avancé) au sujet de ses rabots, l’homme me confie être retraité du métier.
L’occasion est trop belle aussi je m’empresse d’évoquer cet outil et de la difficulté de le garder parfaitement perpendiculaire au chantier.
Le gars me confesse alors en souriant, que lui et ses collègues ne s’enquiquinaient pas et qu’ils fixaient une planchette pour guider le rabot d’aplomb.
Simple, efficace.
Point positif, ma méthode n’est pas ridicule et j’ai bien compris comment utiliser l’outil !
Point négatif, comme souvent en temps qu’amateur, on s’enquiquine à vouloir faire trop bien et tout compliquer alors que le professionnel prend des raccourcis.
De retour au pays, bien entendu, je me suis empressé de tester.
Verdict : dans les faits, fixer une planchette pour les quatre coupes de chaque rayon, s’avère beaucoup trop long et contraignant pour moi !
J’ai cependant gardé l’idée et je pose maintenant un petit carrelet juste à côté de l’outil. Je le claque rapidement contre le fût pour vérifier mon aplomb et j’écarte le carrelet pour lancer une série de passes.
Ca se fait en un seul geste rapide et ça suffit amplement, c’est plutôt pour se rassurer.
Enfin, j’ai vu ces outils en nombre dans le nord de l’Europe, mais toujours avec le conduit classiquement à gauche. Par conséquent une fois sur deux on se retrouve avec le champ qui sera visible, en sortie de passe. Il faut donc toujours en être conscient pour éviter l’arrachement.
Comme toujours, un bon affûtage amenuise les soucis.
Il est cependant crucial de bien identifier l’avant de l’arrière de chaque champ pour toujours garder cet arrachement potentiel à l’esprit.
On peut également donner un petit coup de tranchet pour éviter cela.
Cinq ou six passes ont tôt fait de former le joint.
Je stoppe généralement quand il reste un très mince filet de crayon gras sur mon arrête
Je procède directement à un essai, ça évite les mauvaises surprises, et j’affine ensuite peu à peu.
Bien entendu, je dois forcer mon damné panneau tuilé pour effectuer mes tests
Et on pousse les autres joints à la chaîne, grâce à un outil bien réglé
Ainsi se conclut l’exposé de ma méthode des queues d’aronde sur champ.