Je m'en vais vous raconter mon premier vrai projet ! Accrochez vous à vos slip les enfants, parce que bibi quand il raconte quelque chose, et bah il le fait bien. Donc, si vous étiez venu ici dans l'espoir de lire un sujet rapide afin de faire passer votre pause caca syndicale, je pense pas que vous soyez tombé au bon endroit.
Pour les autres, bienvenue en enfer.
Pourquoi raconter son premier projet. Et bien tout simplement parce qu'à la demande générale d'une personne (ce qui est un bon score quand on connaît ma cote de popularité), il faut soi-disant que je participe. Sous entendu, vous êtes des nazes, moi pas, on attend donc de moi que je mette l'ambiance. Roule ma poule, les coups de pied dans la fourmilière, j'aime ça.
On va commencer l'histoire par un petit retour en arrière : il y a 17 ans. Ouais c'est loin, mais je me souviens de la journée comme si c'était hier. Un soleil radieux, un ciel bleu et magnifique. C'est dommage que mon dépucelage ait été si rapide même si c'est une autre sujet.
Revenons à nos moutons. Il y a 3 ans de cela, ma biatch et moi-même avons acheté une petite bicoque sans prétention. 270 m² habitable, piscine creusée, 850 m² de terrain, abri anti-atomique sous le jardin et (le top) un double garage de 45 m². Et non, ça n'est pas vrai, surtout que me je fais sûrement plus de mal à moi-même qu'à vous en écrivant ça parce que j'ai envie de pleurer maintenant.
Je disais, petite bicoque sans prétention de lotissement et mitoyenne de 80 m² au sol (95 en tout), petit lopin de terre de 50 m², bref, pile poil la bonne taille. On avait choisi une maison sans travaux (hormis décoration pour une mise en conformité selon mes goûts) n'ayant pas trop trop envie de se râper les raisins à retaper une maison avant d'y habiter.
Quelques papiers, signatures, papiers, signatures, papiers et re-signatures, nous avons enfin les clefs ! Tels deux puceaux excités à l'idée de ... 'fin, m'voyez, nous allâmes dans notre nouveau domicile conjugal afin d'en profiter un peu.
C'est tout vide, mais c'est chez nous, et ça, ça déchire grave. La visite fut entièrement dédiée à ce qu'on allait bien pouvoir y faire pour aménager : "Regarde moi ce putain de placard, on va y faire un truc de ouf comme ça tu vois, et pof", "pwaaaaaaaah tavu la place ici ? On pourrait se faire une petite fresque murale et y accrocher une bibliothèque". J'en passe, et des meilleures.
Avance rapide dans le temps et petite pause dans tous ces travaux histoire de faire un petit topo de l'avancée globale. 3 ans plus tard, nous sommes fiers d'annoncer que nous n'avons absolument rien branlé et que la maison est toujours à l'origine. Par contre, je peux vous dire sans aucune hésitation quel endroit de la maison est le plus agréable pour les activités conjugales parce que ça, on l'a bien bossé.
Spoiler, c'est le jardin. Évitez juste de faire ça pendant que les enfants de l'école d'en face sont en récré. Chez nous, c'est très mal passé.
Puis, les confinements. 2 confinements et demi plus tard, y'a une pensée qui commence à germer peu à peu dans mon esprit : "fack, je me chier comme un rat crevé là". Réflexion particulièrement étonnante venant de moi car, ... PAUSE
Oui, pause. On va faire une pause, parce que j'ai envie et parce qu'il faut que je vous explique un peu le personnage. Bibi, il est taré. C'est pas péjoratif, c'est pas mélioratif, c'est juste factuel. J'ai des lourdes phobies sociales et je ne supporte pas les gens et j'ai des angoisses particulièrement violentes, principalement lié au domaine de la santé (un toubib, une aiguille, un hôpital, un vétérinaire, ... rien que d'y penser, j'ai des angoisses qui montent) et, pour couronner le tout, je suis hypochondriaque.
Bref, cocktail explosif, mais on fait avec ce qu'on à.
Pourquoi cette pause, parce qu'en soit, ce paragraphe là, on aurait pu s'en branler. Et ben oui, mais non. Voyez-vous, le confinement est pour moi le paradis. Je n'ai pas à sortir de chez moi, je n'ai pas à voir des gens, j'ai pu cultiver mon asociabilité comme un gros goret et ce, sans le moindre remords. Je suis le gonze qui passe 40h par semaine sur sa console de jeu sans sourciller. Je suis le genre de type qui vous donne l'occasion de redéfinir le mot "antisocial".
Sauf que là, j'ai commencé à me faire chier. Mais, bien bien bien. Profitant du repli des troupes du Général Fainéantise, mon cortex cérébral en profita pour susurrer de douces paroles langoureuses à mon cerveau (en prenant bien soin de lui caresser le service trois-pièces en même pour faire passer la pilule) "BOUGE SALE LARVE ! SORS TES GROS DOIGTS DE TON CUL".
Et très franchement, quand ton cerveau te parle comme ça, tu réfléchis pas. Tu appliques.
Et nous voilà donc parti pour le premier vrai projet (oui, ça, c'était le prologue) : se faire une série d'étagères customs pour remplir un espace perdu. Et devinez quoi mes lapins ? Y'a pile poil la place en profondeur pour un livre de poche. Je ne crois pas en Dieu, mais ça, ce n'est pas une coïncidence. C'est un signe. Que dis-je ... un appel. Un appel à devenir un vrai bonhomme avec de la virilité et des poils aux pattes.
Ni une, ni deux, j'enfile mon bleu de travail que j'avais acheté y'a 3 ans. Ça commence bien, faut que j'enlève les étiquettes.
Etape 1 : faire des plans.
Voyez, bibi, il se trouve pas forcément doué pour beaucoup de choses, mais si y'a bien un truc ou j'ai traîné la gueule du lycée complet sur le bitume, c'est la méca. Et tout particulière la CAO. Je prenais mon pied a utiliser inventor, et en plus je déchirais tellement là-dedans que j'en arrivais à former les profs. Bref, trêve de branlette, vous me finirez plus tard.
J'ai donc fais ça :



Bon, pour ceux d'entre vous qui sont un peu plus lents que les autres : c'est une planche, deux équerres, et pof on emboite ça comme papa dans maman le samedi soir. Simple, efficace.
Mais ça, c'était avant la guerre.
Etape 2 : c'est parti.
On achète des belles planches, le matos qui nous manque, on braque la scie circulaire de la belle doche quand elle a la dos tourné, et roule ma poule. On commence à crobardiser sec sur les planches.
Ca, mes chéris, c'est 899 mm de longueur, 143 mm de profondeur. Les encoches sur le côté pour laisser passer le cadre de porte, c'est 4 mm * 11m, et les autres, 18 mm * 18 mm. Une perfection. Qui plus est, les mesures ont été prises au mètre laser.
On sort le matos, on fait une blague à la femelle pour lui faire croire qu'on s'est déjà coupé un doigt et on s'y met sérieusement. Ca coupe, ca ponce, et putain, ca prend du plaisir surtout.
Erreur numéro 1 : croire qu'on va arriver à couper droit. Alors moi, je sais pas comment vous faites si vous arrivez à couper droit sans guide. Parce que moi, quand j'ai commencé, je savais pas que les guides existaient (oui, je suis DEBUTANT, et oui, j'emmerde les tutos, je préfère en chier comme une huître pour apprendre de mes erreurs) et franchement, couper droit, c'est impossible. D'la merde pas droite dans tous les sens, un coup comme-ca, un coup comme-ci. P'tain, quelle chiasse.
Ceci dit, j'ai acheté un guide, et c'est toujours aussi pas droit. P't'être que finalement, le souci, c'est moi.
On avance un peu dans le temps et tout ça est rattrapé ! La planche est droite, propre et (!!!) aux bonnes dimensions au millimètre près. Chance ou professionnalisme, moi je dirais que c'est plutôt le hasard, mais ça m'va. C'te planche, elle est tellement belle, que si je la regarde trop, je sens des papillons dans le bas ventre.
Je rentre comme une furie dans la cabane, j'invective à l'encontre de ma compagne quelque chose comme moi "tu vas voir c'est qui le vrai mâle alpha dans la maison" et tout et tout, qui me suis jusqu'à l'endroit du test.
Parfait. La planche ne rentre pas, et j'ai l'air d'un gros con. Ma femelle me tapote gentiment le crâne en me rassurant "mais si mon gros doudou que t'es une bonhomme", puis, part, les bras chargés de bière et se grattant l'entrejambe sans vergogne.
Erreur numéro 2 : ne jamais partir du principe que les murs sont droits. En effet, à droite j'avais bien 143 mm, mais à gauche, j'en avais 133 mm. Oui, oui, 1 cm sur 90 cm c'est un sacré dénivelé, j'aimerais pas l'faire en vélo.
Qu'à cela ne tienne, bordel. Le mur veut jouer à ça ? J'vais lui montrer c'est qui le taulier ici.
Je redescends et un petit coup de scie circulaire plus tard me revoilà en haut. Cette fois-ci, pas de dame à l'horizon, j'ai déjà eu l'air con une fois, et c'est encore la seule qui a de l'estime pour moi. Autant ne pas trop le limer.
Parfait, le côté gauche rentre ! Woot, c'est ma-gni-fique. Par contre, le côté droit, quand je l'ai posé de l'autre côté, ça a bien raclé contre le mur. Chier, c'est quoi cette saloperie, encore.
Erreur numéro 3 : quand vous vous faites la réflexion, 10 minutes plus tôt, de mesurer TOUS les murs, faites le. Moi, j'en avais fait qu'un, et du coup, j'avais encore l'air d'un con
En fait, ce coin-là de ma maison à dû être assemblé par un mec qui avait des culs de bouteille pire que les miens et qui devait loucher, parce que franchement, c'est peu croyable. Il manquerait plus que les murs soient gondolés.
Cette fois-ci, pas de descente, pas de coupe propre. Ça allait être sale, une putain de boucherie pour que les murs comprennent que j'allais pas lâcher si facilement l'affaire. Ce n'était plus une simple histoire de fierté, c'était une guerre.
J'attaque le truc a la grosse lime comme un goret, en plein milieu du couloir. Rien à battre, pas d'émotion et pas de remord. Pi, au bout d'un moment, ça rentre. Pile poil sa mère, tu mets pas plus de 3 feuilles de papier entre le mur et la planche. Putain, j'ai une gaule incontrôlable.
Bon, le souci c'est qu'à force de l'avoir attaqué sous tous les angles, bah elle a un peu perdu en profondeur et du coup ça ne ressemble plus à rien. Qu'à cela ne tienne, je l'ai fait une fois, maintenant j'ai bien compris, je peux le refaire sans souci !
Là ou je me trouve pas trop cons les enfants, c'est qu'avant de recommencer à couper sans réfléchir, je me suis posé la question des équerres. Bon, faut pas se leurrer, j'en chie des horloges pour la planche qui est finalement un trapèze, est ce que j'ai envie de me faire chier avec les supports ? Parce que mon loulou, faut tout recalculer, y compris les trous dans la planche.
Suite à cette réflexion, ma fainéantise et moi-même on s'est dit ça : "vazy, laisse tomber frère. T'sais quoi, on va faire des cales, comme ça, tac-tac, ni vu ni connu on les poses dessous et on est tranquille". Ouais, grave.
On repart comme en 14 et, en effet, la coupe de la planche se passe merveilleusement bien ! Petit test en haut pour valider. Yeeeeees, ça rentre. Bon, j'ai 2 mm de chaque côté de la planche (vive ma précision légendaire) mais on va faire avec. Roule mon lapin, planche numéro 2.
Je vous refais pas le résumé, tout se passe aussi bien, la planche est aussi sexy que la précédente et je cours à nouveau comme un damné à l'intérieur pour tester. Cette fois-ci, je siffle à nouveau ma soubrette et nous grimpâmes à l'étage. Côté gauche : check. Côté droit : che... ah ben non ca vient de frotter (et abimer) le mur. Ah zut, à chaque fois que ma morue monte, je passe pour un con. C'est qu'elle me porte la poisse celle-là.
Erreur numéro 4 : en fait, les murs étaient gondolés.
Ouais, ça m'a bien fait chier aussi, parce qu'après en avoir bavé comme une prostituée après une journée bien remplie pour faire la première planche, je me rendais peu à peu compte que les 4 autres planches allaient, elles aussi, être un enfer. Chiottes, chiottes et re-chiotte. Chier.
J'vous passe les 4 planches suivantes, c'est le même principe. Ajouter à ça un petit hurlement de satisfaction ressemblant à celui d'une pucelle à chaque fin de planche, et vous avez cette partie de l'histoire.
Ok, on enquille. Les cales. DA FUCKING CALES. Simple & efficace : par planche, 4 petites cales (30 mm * 20 mm) et une grande (150mm * 20 mm). On va pas s'faire chier. On va couper ça à la chaine mon ptit père et dans 20 minutes on sirote une binouze. Un high-five mental, et on reprend. Ca coupe, ca fait le taf et c'est pas mal. Bon, y'a plus qu'a poncer ca pour que ça soit propre.
Erreur numéro 5 : une ponceuse, ça ponce super bien.
En fin de ponçage, mes cales ressemblaient plus à rien. Bordel, y'en avait plus aucune avec des dimensions identiques. Fack, fack et re fack. Mais au moins, elles étaient toutes douces. On aurait pu les sucer sans risque.
Erreur numéro 5 bis : ne jamais sucer une cale en bois poncée, même si ca parait être une bonne idée.
Erreur numéro 6 : une ponceuse, ça ponce aussi les gants.
En fin de ponçage, j'avais plus de gants au niveau du pouce.
Bref, on va faire avec ce qu'on à. Ensuite, percer un trou pour y foutre une vis.
Vazy que j'te sors la perceuse de compèt' : mon père m'a filé ça quand j'ai eu mon premier appart. "Au cas où" comme il disait. En 12 ans, je m'en suis servi 3 fois. Merci p'pa. Mais c'est pas tout, il m'avait filé avec une boite vide de coton tige vide dans laquelle il avait mis des forêts. Sympa ça, sauf que moi, j'sais pas quelle mèche sert à quoi.
Bon osef, de toute façon, j'en ai tellement peu que je prend la première avec la bonne taille, on verra. Ah ouais, bon à savoir : je déteste les perceuses, ça me fait peur, vraiment. Bon, pas autant que ma scie sauteuse quand je met une lame de 250 mm, mais je me liquéfie à chaque fois que j'appuie sur la gâchette.
Trou n°1 : un carnage complet. A côté de ce que je venais de faire, l'écureuil que j'avais écrasé le matin-même avait bonne mine. Damned.
Erreur numéro 7 : percer droit, c'est dur.
C'était tellement chiant et complexe de percer droit et bien au milieu que j'ai bien pris soin de faire toutes les cales en une fois. Comme ca, en plus d'avoir des cales de toutes les tailles, maintenant, les trous pour les vis étaient eux aussi custom. Nice, du travail de pro mon pote.
Erreur numéro 8 : des fois, ça ne sert à rien de persévérer. Faut juste baisser les bras, et acheter un truc pour percer droit.
Bon, on arrive enfin au bout de c't'enfer. Maintenant que tout est coupé, vernis et tout, bah faut accrocher le bazar au mur.
Première planche : nickel, vraiment. Pas un pet de travers. Du travail de pro. En même temps, la planche repose sur la plinthe, j'ai rien eu à faire.
Deuxième planche : A ce moment précis les ennuis ont commencé. Faut dire que je réglais la hauteur de la planche suivante en empilant des bouquins sur la planche de dessous. Que pourrait-il se passer de méchant, hein ?
Non seulement c'était un enfer pour maintenir la planche droite et savoir ou percer, mais j'ai pris la planche deux fois dans la gueule. Bref, je perce, je fous les cales et je monte la planche. Tiens, comme par hasard, c'est bancale parce que cette cale là est trop basse. 'Tain, chiottes.
Mais ! Mais, mais, mais, j'ai de la chance dans mon malheur. Il suffit que j'applique un certain angle a la cale de manière à ce qu'elle ne soit plus horizontale, et pof, comme par magie, la planche n'est plus bancale. Au poil.
Je vous évite les autres planches, c'est le même foutoir à chaque fois.
Dernière planche : fixations vissées et, celle-là, c'est ma fierté. Les cales sont bien foutues, rien a faire tourner.
Je me recule pour admirer mon oeuvre, et au bout 2 pas j'me dis "ptain, mais elle penche vers l'avant la dernière". Ah la conne. Qu'est-ce qu'elle me fait ? Petites verifs par ci et par la pour en arriver à la conclusion que le souci vient de la planche de dessous sur laquelle j'ai posé mes livres.
Erreur numéro 9 : si vous pensez être victime d'un coup de chance, gardez en tête que la loi de Murphy est assise sur votre épaule.
Voila, en fait, les cales ne tenaient pas en place et au moins appui sur la planche, les cales tournées se repositionnant à l'horizontale. Au final, la 5è était décalée par la 4è, et ainsi de suite jusqu'à la deuxième. Ok, super, là, j'ai vraiment l'air d'un con parce que tout est percé et chevillé.
Chance dans mon malheur (bis) mes cales étant ultra custom, avec un peu de chance je vais en trouver certains qui iront ! Et oui, bingo ! Bon, maintenant j'ai des cales à l'horizontale et d'autres à la verticale, mais osef, ca fait le taf.
Regardez moi cette précision pour le placement des cales : 7 livres et une boite à bijoux.

Pof, tout monté. Vous remarquerez que certaines cales sont verticales et d'autres horizontale. Mon ingénieux système de fixation. Faudrait que je dépose un brevet, une idée comme ça, ce serait triste qu'on me la vole

Tout monté, mine de rien, vu les emmerdes, je suis fier de moi. On voit pas trop les couleurs mais c'est chêne foncé & acajou en alterné.

Et ca, c'est parce que maintenant, on est intime.

PS : nan, c'est pas vrai, j'ai pas sucé mes cales. Je suis con, mais pas à ce point. Le reste, c'est vrai par contre.