Eataine a écrit : ↑18 févr. 2022, 20:09
Pourtant le Robinier est une plante pionnière, très mellifère, qui comme toutes les fabacées (trèfles, luzerne, etc...) est capable d'assimiler l'azote atmosphérique et peut donc se passer de nitrates dans le sol. Du coups, indirectement, il enrichi le sol en azote disponible pour les autres plantes...
Ca participe aux problèmes qu'il pose justement. Il peut facilement s'installer facilement n'importe où, y compris sur des zones pauvres et empecher l'installation d'espèces locales adaptées à ces conditions difficiles.
Chez nous les fabacées sont herbacées ou arbustives. Mais il y a d'autres fixateurs d'azote en dehors de cette famille qui sont en symbiose racinaire avec d'autres genres de bactéries : des bétulacés (aulnes blanc), des éléagnacées (argousiers et autres "chalefs"), des éricacées, des myricacées, des éricacées (myrtille, bruyères), et d'autres Il y a également des bactéries fixatrices libres (sans symbiose) qui savent faire ça. Ainsi que des bactéries que l'on retrouve dans les tissus des arbres (certains saules et peupliers).
Bref on a déjà ce qu'il faut dans notre "catalogue" local pour fixer l'azote, on ne peut pas dire que le robinier remplisse un besoin sur ce point là.
Par ailleurs l'excès d'azote pose des problèmes de pollution des eaux et du sol.
Au niveau biodiversité son impact est multiple et il peut changer radicalement les milieux où il s'impose.
D'abord par l'eutrophisation des milieux qui ne favorise qu'une variété réduite d'espèces nitrophiles et rudérales. Puis par l'ombrage léger qu'il apporte en sous-bois - il fait disparaitre les espèces d'ombres et favorise la fermeture du milieu par des espèces héliophiles. Il impacte également les populations de lychens épiphytes.
Par ailleurs sa litière (et peut-être ses exsudats racinaires, je sais pas) contient des phytotoxiques inhibant la germination ou la croissances de certaines plantes (à l'image des noyer et de la juglone).
Au niveau du sol il semble impacter les populations de champignons ectomycorhiziens qui colonisent la plupart des espèces d'arbres. Et il y favorise significativement la prolifération bactérienne, et réduit celle des nématodes. Il tend à en augmenter le pH, surtout quand il est jeune.
De manière plus visible, au-delà de la richesse et de la diversité floristique c'est aussi la richesse et la diversité des arthropodes qui est impactée - ça va un peu de pair vu que les arthropodes ont coévolué sur le temps long avec la flore et que des relations de dépendance se sont établis. De manière générale les espèces exotiques sont moins bien consommées que des espèces indigènes, même si elles peuvent être très attractives. Que ce soit au niveau des fleurs, des feuilles ou des tiges (insectes piqueurs-suceur). C'est peut-être un peu moins vrai pour le robinier depuis le temps, je sais pas trop...
Toutefois il y a quand même des disparités dans ces effets sur la richesse floristique selon les régions d'Europe, les peuplements d'origines, l'âge des peuplements de robiniers et leur densité - parfois le robinier augmente la biodiversité mais c'est tjrs via l'arrivée d'espèces végétales rudérales, nitrophiles et héliophiles et d'espèces animales généralistes. Et cet impact se fait très vite, même avec très peu de robiniers dans un peuplement.
Si on veut de beaux robiniers il faut de toute façon les mélanger à d'autres arbres car il est très affecté par la concurrence intra-spécifique, et de manière générale il a été montré que les peuplements mixtes augmentent la productivité des espèces ainsi que la biodiversité totale. Dans le contexte actuel de réchauffement climatique cette diversité d'essences se montrera plus résiliente face aux sècheresses et aux agressions biotiques, 2 aspects sur lesquels le robinier se montre assez résistant.
Perso j'en aurais surement pas implanté mais je fais avec ceux qui sont là

J'ai fait trogner un spécimen de 20-25m en chandelle l'hiver dernier quand je suis rentré sur le terrain. Il montrait des signes de faiblesse manifeste et potentiellement dangereux. Je vais peut-être lui faire une annélation sous peu pour qu'il crève, serve de refuge à xylophage et à la nidification de pics ou autres.
Il m'en reste 2 autres assez costaux qui dégageront peut-être un jour pour laisser de la lumière à des chênes et charme et pas mal de jeunes dont certains que j'ai trogné pas trop haut.