BZHades a écrit : ↑02 févr. 2023, 12:24
C'est marrant, je suis un peu dans le même cas que toi : cadre, 15 ans de turbin, et envie de lever le pied. Je confirme, j'ai toujours fait largement plus que 40h, après, c'est une habitude, et je pense que j'aurai du mal à descendre en dessous sans avoir l'impression de "voler" mon salaire.
Je suis arrivé à un équilibre à mon sens : 8h au taf pour départ vers 18h30, avec parfois des coups de bourre à 19-20h, mais globalement, 45h par semaine. Ca me parait globalement pas mal au vu de mon salaire et de mes responsabilités.
Je bosse depuis une quinzaine d'années dans le bâtiment, et l'impression générale est que c'est de mal en pis. Je vais peut être faire mon vieux réac, mais même si je suis le premier à dire qu'il faut réussir à concilier vie perso et vie pro, il faut aussi intégrer qu'il faut faire des choix. Si tu veux un super poste avec un gros salaire, malheureusement, ça va de paire avec responsabilités (donc tracas qui te suivent en dehors du taf) et horaires à rallonge. Si tu veux être peinard, avec "juste" tes heures à faire sans te prendre la tête... bah c'est moins payé, ce qui est aussi assez logique.
Je ne dis pas qu'il faut forcément se tuer à la tâche, je rappelle juste qu'on n'a rien sans rien.
A ce titre, j'admire les entrepreneurs qui se démènent pour leur boite sans compter leurs heures ou leur peine, et je trouve ça tout à fait normal qu'ils gagnent bien leur vie. J'ai fais des choix autres car je considère que je veux pouvoir profiter de ma femme et ma famille dès à présent sans avoir à attendre la retraite.
Maintenant, il faut prendre en compte la réalité économique d'une entreprise, et accepter qu'on ne peut pas tout avoir.
Les points que je constate bien souvent :
- Les jeunes veulent bien souvent un poste que leurs ainés ont mis des années avant d'atteindre, idem pour le salaire... alors que ça va de paire avec l'expérience et le savoir faire. Commence par faire tes preuves, et on voit ensuite. Un bon ouvrier, on se l'arrache de toute manière.
- Le coté "dur" du métier ne passe pas. C'est sûr que couler du béton en hiver quand il pleut, c'est pas le plus agréable, mais ça fait aussi partie du métier. Idem quand tu dois faire de la manutention, c'est pas le plus valorisant, mais c'est nécessaire.
- Il y a une négligence des horaires impressionnante (ce qui est particulièrement pénible lorsqu'il s'agit d'un travail d'équipe)
- Les compétences s'acquièrent doucement, et les nouveaux arrivants ont l'impression d'être les rois du monde et de savoir mieux que les autres.
Je fais peut être mon vieux c*n, mais je constate une perte claire de compétences, de motivation et des difficultés de recrutement dans tous les corps de métier.
J'ai le beau rôle de critiquer alors que je suis cadre, que je bosse globalement en bureau etc. mais au début notamment, j'étais à 7h sur le chantier pour le briefing de la journée, je repartais rarement avant 19h-20h avec un sandwich devant l'ordi le midi (une fois que j'ai terminé de gérer les compagnons, il reste tout l'administratif, la préparation du lendemain, les commandes de matériel/matériaux à faire etc.).
J'avais calculé qu'au taux horaire j'étais payé largement moins que le smic.
Je ne m'en plains pas, j'ai adoré ces années de chantier, j'ai vécu des choses formidables et créé des liens avec des personnes qui ne se créent justement que dans la difficulté.
Ca fait aussi parti de la voie que j'ai choisis.
De même que les amis médecin qui bossent à l'hôpital acceptent d'avoir des gardes le soir et weekend. C'est dur, mais ça fait partie du métier.
Les causes sont multifactorielles, mais les réseaux sociaux ont à mon sens aggravé le problème : on veut y paraitre sous son meilleur jour, montrer qu'on est beau, riche, intelligent, bref, épater la galerie. Je pense notamment à quelques youtubeurs que je regarde (Notabene, la folle histoire, ATE, JDG etc.) : ont voit toujours des reportages magnifiques dans des lieux géniaux, avec des personnes sous leur meilleur jour... sans jamais montrer les galères qu'ils ont rencontré avant de trouver leur audience, les difficultés pour produire tel ou tel reportage, les passes d'armes avec des avocats pour des broutilles etc.
On a l'impression que tout est facile quand on voit le résultat final... sans comprendre que pour en arriver là, les gens ont déployé des trésors d'ingéniosité, trimé, sué, galéré.
Du coup, on se dit que c'est facile, et on se prend une grosse claque quand on se rend compte de ce qu'il y a derrière.
Le plus gros problème, c'est pas tant la pénibilité que le manque de reconnaissance et l'équilibre général du monde du travail. Je trouve honteux que des gars qui triment toute la journée avec des métiers durs, soient payés à peine plus que le smic, quand on a un paquet de ce que j'ose qualifier de parasite, touchent des salaires mirobolants pour des prestations qui n'apportent rien à la société (notamment dans la finance, le conseil et une partie des métiers de bureau)
Il serait surtout utile d'indexer le salaire sur l'apport à la société humaine plutôt que le pur capitalisme : une aide à domicile, un enseignant, un chercheur, un pompier apportent à mon sens bien plus à l'humanité qu'un footballeur, un influenceur beauté ou un trader. (j'en profite pour passer un bon coup de gueule : on voit souvent les gens critiquer les patrons des grandes entreprises qui gagnent des millions... mais ces même personnes dépensent des fortunes pour aller au stade voir quelques personnes courir après une balle... et gagner en une semaine autant qu'eux en une vie de labeur. C'est marrant comme devenir capitaine d'industrie attire les critiques, quand l'autre vend du rêve... alors qu'objectivement, je pense que l'industriel créé bien plus de valeur ajoutée que le sportif)
Alors oui, les "avantages" sociaux sont en dangers, mais je suis assez pessimiste en considérant qu'on aura clairement moins de chances que nos parents, avec une crise climatique et une insouciance qui a disparu qui vont nous obliger à vivre différemment, avec sans doute moins de confort. Mais c'est aussi l'occasion de réinventer la société en mettant peut être fin à des pratiques qui sont devenues intolérables.