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Bois hors de prix ou introuvable : la scierie Foulon, à Lumbres, met la clé sous la porte !
Un gâchis. Le 31 décembre, Francis, Florent et Fabrice Foulon mettront un terme à 111 ans d’histoire dédiée au bois. La filière, qui a perdu les pédales, a mis fin aux illusions de la famille Foulon, sans perspective de développement à Lumbres. Une décision imputable à plusieurs difficultés.
Anthony Berteloot | Publié le 18/11/2021
Fabrice Foulon a décidé avec son frère de fermer les portes de la scierie familiale.
Fabrice Foulon a décidé avec son frère de fermer les portes de la scierie familiale.
Une filière qui a perdu la tête
« Au niveau de la production, c’est devenu compliqué d’avoir des grumes, relève Fabrice Foulon, 35 ans, qui gère l’entreprise avec son frère Florent, 41 ans. Il est devenu plus facile de trouver de l’iroko du Cameroun que du douglas de la forêt de Boulogne. » Si la scierie lumbroise a su rebondir après les confinements de 2020, elle paie cher le dérèglement économique provoqué par la pandémie : « C’est l’élément déclencheur de notre décision, appuie Fabrice Foulon. Nos chênes ou autres essences de valeur sont vendues à la Chine depuis longtemps. Mais depuis quelques mois, c’est la catastrophe. Même les arbres moins chers partent là-bas. » Depuis, les États-Unis se sont rabattus sur l’Europe pendant que le Brésil fermait ses frontières. « Le broyage pour le bois énergie a accéléré la tendance. »
Le bâtiment actuel, extension dans les années 1950 de l’ex-usine électrique un peu plus loin.
Le bâtiment actuel, extension dans les années 1950 de l’ex-usine électrique un peu plus loin.
Un avenir très incertain
Pour Fabrice Foulon, si une légère décrue est observée depuis septembre, les prix repartiront à la hausse au printemps : « Là, les chantiers sont à l’arrêt. Mais quand ça repartira, les prix augmenteront à nouveau. » La folie planétaire change aussi les relations commerciales : « Des importateurs nous certifient des devis pour seulement quatre heures. Et au bout d’une heure, ils ont déjà vendu leur bois à plus offrant. Les conditions de vente sont revues alors que le bois est déjà payé ! » Voilà côté fournisseurs. Côté clients, la situation s’est également dégradée : « On a de plus en plus d’impayés. On voit aussi pas mal d’artisans s’endetter… »
La scierie, c’est 111 ans d’histoire.
La scierie, c’est 111 ans d’histoire.
Au détriment de la qualité
Francis Foulon, 76 ans, le père des gérants et toujours présent dans la scierie, ne digère pas la situation : « On a du boulot et du savoir-faire… » La fratrie aime satisfaire sa clientèle de niche : « Notre but était de faire du beau, du bon bois non traité… Or, on commençait à recevoir du bois dont le séchage est accéléré, ce qui altère sa qualité. » Autre écueil selon le négociant, la gestion des ressources par l’Office national des forêts (ONF) poserait problème : « On a de plus en plus de monocultures qui ne garantissent pas la durabilité des forêts. »
Dans l’ombre du voisin
En face de la scierie se trouve la cimenterie Eqiom avec qui la famille Foulon peine à cohabiter. Les négociants en bois déplorent, notamment lors des chargements des trains, le rejet de poussières qui s’insinuent dans la scierie. « On a investi ces cinq dernières années dans du matériel, qui malheureusement s’use plus vite qu’ailleurs », relève Fabrice Foulon, 35 ans, qui aurait aimé déplacer son site entre la friche Leclerc et la gare. « On a cherché des alternatives avec les élus et la cimenterie, sans succès. » Côté communauté de communes du Pays de Lumbres, on indique que « des propositions (de rachat, en lien avec l’établissement public foncier, EPF) ont été faites à la famille, sans accord trouvé. » Pas davantage avec la cimenterie, qui rachète des maisons à proximité pour éloigner tout habitat.
Le barrage sur le Bléquin de l’usine productrice d’électricité Hénon, rachetée par les Foulon à la fin des années 1920. DOCUMENT HISTOPALE.NET
Le barrage sur le Bléquin de l’usine productrice d’électricité Hénon, rachetée par les Foulon à la fin des années 1920. DOCUMENT HISTOPALE.NET
Et maintenant ?
Florent, 41 ans, qui s’occupait davantage de la scierie, et Fabrice vont mener leur entreprise à son terme le 31 décembre, « sans dettes, ni maladies », indique la scierie sur sa page Facebook. « Le choix d’un arrêt en bonne forme, avec la volonté de ne léser personne. » Fabrice Foulon déplore cette issue, mais juge que l’époque n’est pas idéale pour lancer une nouvelle activité. « Il faut laisser passer un peu de temps, voir comment tout ça évolue. On a une clientèle de niche. Relancer ailleurs une unité plus petite, toujours qualitative, n’est pas impossible. C’est une possibilité parmi d’autres. »
La direction de la cimenterie n’a pu être jointe ce jeudi 18 novembre.
Une histoire de 111 ans
C’est une histoire de 111 années qui s’achève. Elle a été créée par l’arrière-grand-père des deux gérants, en 1890. Il s’agit alors d’une petite scierie comme on en trouve beaucoup à l’époque, installée sur l’Urne à l’eau, petite rivière qui traverse Bayenghem-lès-Seninghem. François Foulon développe son activité et achète à la fin des années 1920 l’usine génératrice d’électricité aménagée par M. Hénon sur le Bléquin, à Lumbres, une quinzaine d’années avant. Elle fut un moulin à huile, puis à farine.
La scierie et le camion de Francis Foulon dans les années 1970, photo publiée sur la page Facebook de la scierie.
La scierie, qui fonctionne alors avec une turbine hydraulique, vient de trouver son emplacement définitif. Le magasin est une extension de l’ancienne usine. Les deux fils de François, Albert et Maurice, développeront l’activité sur place. Francis, aujourd’hui âgé de 76 ans, a pris le relais avant de le passer à ses fils, Florent et Fabrice.