On ne considère pas le Japonisme dans tous ses aspects comme transculturel justement. S'il s'agit des estampes japonaises acquises par les européens, alors c'est transculturel, car c'est un objet produit par la culture d'un pays qui est transmis à un autre. Chez Viardot et consorts, c'est tout le contraire, puisqu'il s'agit de l'interprétation d'une culture étrangère, le plus souvent sans aucune compréhension de cette dernière, à travers ses propres filtres et selon ses propres codes. Les objets sont produits à l'européenne selon des techniques et des proportions européennes. On s'inspire vaguement d'une culture, pour pasticher un certain exotisme. Bref, c'est une image d’Épinal, avec tout le côté discutable que ça implique.
Cela n'était pas propre au mobilier ni à l'europe : Ruth Saint-Denis de la Denishaw School of Dance aux USA à la même époque, offrait une interprétation toute personnelle des danses orientales, à partir de photographies sans jamais en avoir vu une seule exécution. Transculturel implique une transmission d'une culture à une autre, ce n'est pas le cas dans le mobilier du japonisme. Avec beaucoup d'indulgence, c'est tout au plus japonisant. L'emprunt de détails ou de dessins à une culture n'est pas une démarche transculturelle. Savoir dessiner des personnages de Manga ne fait pas un auteur de Manga. Le Manga est certes un dessin, mais aussi une histoire, les deux répondent a des codes et une philosophie issus de la culture japonaise. Le scénario et les attitudes et actions des personnages sont dictés par la culture japonaise. L'auteur occidental, pour s'inscrire dans une action transculturelle, doit s'imprégner et se subordonner à cette culture.
Le travail de Viardot - ou d'autres de la même mouvance - est un travail d'interprétation ou d'emprunts à l'Asie au sens le plus large. Le mobilier japoniste étant plus proche d'une vision carnavalesque de la pagode Ming ou du temple Cambodgien. Cela suffit à démontrer qu'il n'y a pas de démarche transculturelle. C'est un patchwork d'emprunts divers, le tout réalisé majoritairement à la sauce européenne, que ce soit dans les proportions, les fonctions ou les finitions. La World Music (et ce que l'on a appelé la World Culture) a été très critiquée pour cela. Il s'agit d'emprunts ponctuels collés tels quels dans une production 100% occidentale, sans aucun lien culturel au continent d'emprunt. Cela ne constitue pas une démarche ou un travail transculturel. A l'inverse, le travail de FLW réalise des emprunts philosophiques et ne cherche pas à calquer ou emprunter à l'existant.
On a le même problème de confusion entre Culture et divertissement. Les ventes de billets pour le dernier Nicolas Cage, ou le dernier opus des Lapins Crétins sont comptabilisés avec les dépenses culturelles, or il ne s'agit pas de Culture. Ce n'est pas parce que Viardot a regardé quelques photos provenant d'Asie, qu'il s'est imprégné de Culture asiatique (et encore moins Japonaise). Il n'y a pas de démarche transculturelle. Elle est purement colonialiste, et très en phase avec l'époque. J'espère avoir assez bien dégrossi le sujet.
Pour conclure une Table à thé & Table en bois exotique sculpté. Tonkin, Nam Dinh. Époque fin XIXe :

Le Tonkin est une des composantes de l'Indochine Française à l'époque, et se situerai actuellement en partie au Nord Vietnam, soit à +- 2500km de Tokyo. Sayonara.
